Longer la mer

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Les douleurs les plus intenses se déploient dans les cabinets d’écoute thérapeutique. Les nœuds gordiens, les carences, les blessures, les hématomes de la psyché s’essayent aux mots et les démarches multiples prennent des formes variées, tantôt sinueuses tantôt brutales, d’autres fois édulcorées ou silencieuses …

Le conscient est approximatif voire très souvent infidèle. Quant à l’inconscient, il est si épais, si profond, si lointain que le thérapeute s’adonne à moult exercices de style pour espérer parvenir à défaire les fils emmêlés. 

 

Et puis, il faut l’accord tacite de l’autre.

 

La dernière fois que je le vis, il était au meilleur de sa forme délirante, mais plutôt calme dans le ton. Ce n’était pas le cas ce matin.

Il prit place bruyamment, comme souvent par ailleurs. Le trajet avait dû être fort agissant sur sa psyché irritée. C’était un hyper-interprétatif et il recevait tous les signaux quand les garde-fous étaient complètement à terre. C’est comme si la personne était au bord d’un précipice, sans protection, avec des émotions hypertrophiées.

 

 

 

 

 

 

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-     Ce pays m’écoeure, dit-il, ses hommes et ses femmes aussi. Je les vois comme des moutons de Panurge à acquiescer à tout. Ils vivent dans le Même et en sont heureux. Ah, ce degré de stupidité ! Insupportable.

 

Et puis, les faux-semblants ! Cela bat son plein ! Des faces composées, des sourires bienveillants, de l’avenance à souhait … Et une réalité tout autre. Ça mijote avant, pendant et après. Quand j’étais moins fou, j’étais vraiment bête. Je ne savais pas que les trois-quarts des hommes étaient dans la composition. J’ai été élevé dans un laboratoire. Voilà pourquoi.

 

Je fulmine là et le pire c’est que je suis contraint au silence. J’ai envie de pousser un délire verbal aigu pour crier à la face des comédiens de mon temps tout ce que je pense d’eux. 

 

Je viens chez vous en longeant la mer. Vous le savez. Mais aujourd’hui, sa senteur ne parvint pas à m’apaiser. J’ai comme une sorte de grosses et de remuantes vagues là ( Il toucha son plexus ) et cela me fait monter ma température spirituelle. 

Vous me connaissez, je suis bien plus intelligent que ceux-là qui m’entourent. Néanmoins, c’est moi le détraqué. 

 

En ce moment, ils sont en plein délire fiévreux à reproduire des schémas millénaires sans rien y savoir, à la queue leu leu …« Je suis un homme bien, au-dessus de tout soupçon, tout le monde peut l’affirmer … » 

 

Tissu de mensonges ! s’écria-t-il. Comment peut-on baigner autant dans la duplicité ? Vous savez, j’ai eu à avoir honte de moi. C’est arrivé. Mais globalement, je suis droit. Je regarde dans les yeux et je ne feins pas.  J’ai failli une à deux fois. 

 

Ce n’est pas le bout du monde, n’est-ce pas ? 

 

Il s’arrêta, essoufflé, me regarda dans les yeux. Il attendait une réaction de ma part. Mes mots devaient avoir du poids et j’optai pour la litote.

 

-       Vous êtes en accord avec vous-même. 

 

-     Oui. J’ai longuement réfléchi à ma réalité. Je suis un asocial et un caractériel. Il y eut un temps où je fus un borderline en extérieur. Aujourd’hui, je n’ai plus l’âge. Je fulmine, mais je me contrains. Alors, je viens chez vous. Vous voyez qu’au final, j’ai la maîtrise des choses.

 

-      C’est très bien. Mais il n’y a pas à être autant en colère contre des êtres que vous ne faites que croiser, tout compte fait.

 

-  C’est leur vérité qui m’insupporte. Leur peu d’implication personnelle pour lever le voile, observer, saisir, décoder surtout. Et puis, mettre sa touche. Des moutons de Panurge. Alors que le tout consiste à se poser quelques questions de logique et de rationalisme. De creuser un peu et surtout d’ôter de son esprit un système notionnel vermoulu reçu à la naissance par des prédécesseurs rongés par la peur et peu outillés intellectuellement.

 

-    Vous voudriez que la masse devienne archéologue de fond ? Qu’elle décortique un passé millénaire pièce de fouille à la main ? Qu’elle sollicite toutes les pistes de lecture de l’objet trouvé et qu’elle sache déchiffrer les hiéroglyphes couramment ? Un peu de réalisme, s’il vous plait.

 

-       C’est que je ne veux pas leur appartenir, ni les côtoyer. 

 

 

-       Longez la mer. Elle seule partage vos idées.

 

 

 

 

 

 

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Publié le 17/03/2025 / 8 lectures
Commentaires
Publié le 19/03/2025
Explorer l’Histoire et l’humain qui la fabrique et en écrit quotidiennement de nouvelles pages. Explorer les autres et être aussi à l’attention et à l’écoute de soi. Il y a les autres, cet enfer, mais qui est t-on soi et que faisons-nous pour nous et surtout pour les autres pour changer les choses. Il y a le questionnement et l’indispensable besoin d’agir, et par là-même de vivre. Les autres c’est le risque , mais c’est aussi une grosse partie des solutions car seul on ne peut rien, quand bien même ve patient vient à oenser qu’il sait tout. Merci Sam, te remercier pour ces réglexions etnpour ces images d’illustration qui sont à chaque fois trés esthétiques.
Publié le 22/03/2025
Merci cher Léo. L'humain est en effet très complexe et très fragile, même au coeur de la violence. Peut-être y a-t-il un temps où les autres deviennent insurmontables ? Peut-être que l'exiguïté de soi est un repaire ? Peut être qu'à un moment, il y a une telle confusion, une telle précipitation du temps, que le choix de vivre en marge s'impose ? Amitiés, Sam 🍀
Publié le 23/03/2025
Je veux bien croire qu’à un moment les autres puissent devenir insurmontables, et c’est une belle façon de le dire d’ailleurs, à plus tard Sam.
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