L'eau de ma citerne

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Cet été, j'ai fabriqué un abris pour y stocker le bois de chauffage. Afin d'éviter que l'eau dégringole au pied et, à terme, abîme les fondations en bois, j'ai installé une gouttière et dessous une petite citerne de 125 litres. C'est peu, me direz-vous, pour un toit belge de 9m². En effet, il n'a pas fallu longtemps pour que ma citerne toute neuve déborde. J'ai alors eu l'idée, puisque cet abris n'est pas loin des toilettes du rez-de-chaussée, d'utiliser l'eau récupérée pour remplir la chasse deux ou trois fois par jour. Oui, les enfants préfèrent le confort des commodités à l'étage. Mais pour Luce et moi, c'est de l'eau de ville économisée pour notre porte-monnaie et pour la collectivité.

Lorsque je reproduis ces gestes. Poser le seau sous la vanne de la citerne. Ouvrir la vanne. Rester là à regarder le seau se remplir. Couper la vanne. Ramener le seau à l'intérieur. Ôter le couvercle de la chasse. Remplir la cuve du WC. Replacer le couvercle. Remettre le seau près de la citerne pour sa prochaine utilisation, il se produit quelque chose de curieux, mon impression de faire quelque chose d'utile, de directement utile pour nous. Lorsque je prends la voiture pour aller faire des courses ou pour me rendre sur mon lieu de travail, je n'éprouve pas cette sensation ni lorsque j'effectue les virements mensuels, par exemple.

Ça m'a fait me rappeler ma grand-mère, la petite Marie, et sa vie qui tournait autour de son poêle au charbon, énergie motrice pour la cuisine, le nettoyage, le repassage, la lessive, la toilette et sans doute bien d'autres choses. Chaque geste qu'elle faisait était une action concrète, très concrète, pour elle et sa famille. Je ne prétends pas que c'était mieux à l'époque. Mais le sentiment que j'éprouve à remplir mes seaux me rappelle que j'ai besoin de faire des choses directement utiles. Bien sûr, l'utilité des différentes spécialisations dans la société n'est plus à démontrer mais je crois que nous avons quand même tous besoin de rester au contact, en prise avec notre univers visible, familier, proche. Je supporte de moins en moins de signer des chèques en blanc pour tout le monde, bourgmestre, boulanger, ministre, plombier, enseignant, notaire, et autres.

Je pourrais surélever ma citerne pour qu'elle remplisse automatiquement la cuve de la chasse grâce au principe des vases communicants. Je ne le ferai pas parce que je ne perds pas mon temps à remplir mes seaux. Durant ces moments-là, j'ai l'impression d'exister.

 

Publié le 04/10/2024 / 10 lectures
Commentaires
Publié le 06/10/2024
Alors je trouve que ces routines sont rassurantes aussi même si je les trouvais enlisantes auparavant. On s'use à essayer quelque chose de nouveau mais parfois le sens renaît de gestes perdus. Ces gestes que d'autres ont fait avant nous sont aussi moyens de se souvenir. Je trouve que tu le dis très bien.
Publié le 06/10/2024
Merci Patrice pour ton texte intimiste, car livrer ses petites habitudes c’est livrer son intime et bien plus que des détails qui ne semblent n’être que cela. Car derrière il y a effectivement un besoin, d’exister et par la même se remémorer les souvenirs, le sens des choses transmises puis des années après remises à l’ordre du jour. J’ai juste été surpris par « C'est peu, me direz-vous, pour un toit belge de 9m². » où la nationalité du toit semble avoir son importance alors qu’au final la description est très technique, voire mécanique. À plus tard
Publié le 06/10/2024
Tu parles de la nationalité du "toi" de Fils de Louis ou de son toit? ¨¨¨Les deux semblent importants dans l'histoire. Par chez moi, dans ma commune, un abri de jardin de 9m2 possède des dimensions honorables. Restons dans les caractéristiques techniques d'un toit sans évoquer cette citerne qui semble receler un puits d'habitudes saines... :-)
Publié le 06/10/2024
C’était toit mais lapsus révélateur car le fond du texte sonde bien le toi :-)
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