Cet été, j'ai fabriqué un abris pour y stocker le bois de chauffage. Afin d'éviter que l'eau dégringole au pied et, à terme, abîme les fondations en bois, j'ai installé une gouttière et dessous une petite citerne de 125 litres. C'est peu, me direz-vous, pour un toit belge de 9m². En effet, il n'a pas fallu longtemps pour que ma citerne toute neuve déborde. J'ai alors eu l'idée, puisque cet abris n'est pas loin des toilettes du rez-de-chaussée, d'utiliser l'eau récupérée pour remplir la chasse deux ou trois fois par jour. Oui, les enfants préfèrent le confort des commodités à l'étage. Mais pour Luce et moi, c'est de l'eau de ville économisée pour notre porte-monnaie et pour la collectivité.
Lorsque je reproduis ces gestes. Poser le seau sous la vanne de la citerne. Ouvrir la vanne. Rester là à regarder le seau se remplir. Couper la vanne. Ramener le seau à l'intérieur. Ôter le couvercle de la chasse. Remplir la cuve du WC. Replacer le couvercle. Remettre le seau près de la citerne pour sa prochaine utilisation, il se produit quelque chose de curieux, mon impression de faire quelque chose d'utile, de directement utile pour nous. Lorsque je prends la voiture pour aller faire des courses ou pour me rendre sur mon lieu de travail, je n'éprouve pas cette sensation ni lorsque j'effectue les virements mensuels, par exemple.
Ça m'a fait me rappeler ma grand-mère, la petite Marie, et sa vie qui tournait autour de son poêle au charbon, énergie motrice pour la cuisine, le nettoyage, le repassage, la lessive, la toilette et sans doute bien d'autres choses. Chaque geste qu'elle faisait était une action concrète, très concrète, pour elle et sa famille. Je ne prétends pas que c'était mieux à l'époque. Mais le sentiment que j'éprouve à remplir mes seaux me rappelle que j'ai besoin de faire des choses directement utiles. Bien sûr, l'utilité des différentes spécialisations dans la société n'est plus à démontrer mais je crois que nous avons quand même tous besoin de rester au contact, en prise avec notre univers visible, familier, proche. Je supporte de moins en moins de signer des chèques en blanc pour tout le monde, bourgmestre, boulanger, ministre, plombier, enseignant, notaire, et autres.
Je pourrais surélever ma citerne pour qu'elle remplisse automatiquement la cuve de la chasse grâce au principe des vases communicants. Je ne le ferai pas parce que je ne perds pas mon temps à remplir mes seaux. Durant ces moments-là, j'ai l'impression d'exister.