Regardez bien cette photo, dit-elle. C’était là que tout se joua. J’avais quinze ans et j’étais une splendeur de la nature. Réellement. Et puis, cet homme beau comme un dieu, mesuré, militant des droits de la femme, de l’homme, grand liseur, peu verbeux ... se présenta.
Il fut violemment malmené. D’abord.
Et puis, il eut ce ton critique à l’égard des gosses aisés que nous étions. Des gosses plutôt sincères, heureux, naïfs aussi.
Ensuite, il fut acerbe, mordant. Son discours avait de la teneur, certes. Mais nous étions des mômes et sa causticité n’avait pas lieu d’être.
Cela, je le dis aujourd’hui.
Et puis, les choses s’amorcèrent.
Pour le remettre à sa place, en premier chef.
Pour reconnaitre, par la suite et intérieurement, son avancée. ( Forcément, il avait le double de notre âge. )
Pour se laisser impressionner au fil des ans par un sens nouveau : fuyant, accessible, insondable, capricieux, brillant …
Une histoire de sens et de signifiance. C’était cela.
Et l’attrait de la signifiance était affaire de signes, de déchiffrages, de livres et de mots.
Ce fut par la suite, très beau. Tant qu’il y avait à décrypter, à se frayer un chemin dans un savoir toujours magnétique et fantasque. Ce fut extra-ordinaire, prenant et herméneutique.
Des mots, des textes, des ouvrages, de l’hiéroglyphe ou presque … Une curiosité spirituelle que j’aurais dû exercer quinze ans plus tard. Parce que courir avant l’heure est plutôt halètement.
Existe-t-il une contrée des mots limpides ?