I.
Aujourd’hui, je suis éteint*.
Avec l’avantage de pouvoir tout saisir.
Rien ne m’échappe et il y a un mal-être à ne pas pouvoir agir. Mieux, à ne pas pouvoir tonner.
Je vois d’ici toute la laideur de votre vie là-bas. L’amour de soi si petit sur le dos des autres, la jalousie des hommes, vile et petite. Il y a comme un désir de croire que les hommes sont beaux et justes. Certains le sont avec grâce et c’est d’une pure rareté. Et d’autres, comme obnubilés par le petit moi, ne pensent qu’à se faire des offrandes. Question d’égo, de je suis méritant.
Toutes les passions ne sont pas belles à voir. Certaines ont le nez cassé.
II.
Je me souviens de cette forge de lumière et d’éclat et je sais, aujourd'hui, que certains regardaient par le trou de la serrure. C’est précisément cela, la laideur des hommes et leurs calculs de négociants cupides. Regarder ce qui se passe dans les forges, alors que tout le monde n'est pas forgeron.
« Point d’offrandes. Peut-être un égarement fugace. Question de survie. Et surtout point d’abandon.
« J’ai cru, me dit la voix. J’ai cru.
« Non, il ne faut plus croire et il aurait fallu ne pas l’avoir fait. Nous ne pouvons être des êtres sous influence, des couards. Cela ne vous va pas. Non. Encore moins le mensonge. Et l’ignominie. C’est le mot. Vous êtes bien au-dessus de ces soubresauts humains sans cojito. »
Je crois que l’humanité doit faire des choix, des choix pensés. Elle doit pouvoir avec un minimum d’esprit libre, d’esprit étendu - chose rare, il faut en convenir - arrêter une manière d’être qui soit assez droite, avec soi, les autres, la nature et surtout avec l’intégrité.
« Ce fut peu aisé et surtout très laid. Ce n’était pas moi. C’était le temps. »
Que voulait-elle dire par le temps ?
Je ne sais pas. J’ai tout le loisir de creuser certaines phrases, certains mots. Litotiques, mais fort chargés.
III.
Le moteur du monde est la mimésis en ce qu’elle a de plus fort, certes, mais aussi de plus bassement humain. On a souvent pensé que c’était un attribut féminin. Évidemment. Le sous-être. Pourtant chez les mâles, elle est davantage pernicieuse.
J’ai payé le tribut de cette forge créatrice. De mon être pensant, de mon être léger au monde, de mon rire d’homme libre.
La forge exceptionnelle et unique, me dit la voix. Et je le savais déjà. La procession fut drapée de magnificence, puis de beauté et au bout du chemin, de bras cassés.
A ce moment-là, le temps est autre et ça broie. Que c’est dur d’avoir les bras cassés ! Ça devait être cela, sa définition du temps. Sûrement.
IV.
Je crois que je fus un homme de cœur, d’esprit aussi.
Oui, un homme d’esprit. D’esprit fort abouti.
Et à ceux qui guettent, je le leur rappelle.
Un peu de décence. « Cultivez votre jardin. »
Ce que l’homme a de plus inélégant est le mensonge, la mauvaise foi, les stratégies mielleuses et préétablies ... Pour cela, il y a l’agora.
V.
J’ai comme un goût d’inesthétisme au fond de mon gosier. J’aurais voulu tonner et tout faire éclater. Ce n’était pourtant pas moi. Heureux de ne plus côtoyer un monde de trivialités, de circonvolutions, de vols, de viols et d’impuretés multiples …
Non, on ne peut être sans vergogne une fois, et puis une deuxième. Quelle indécence !
Ceci est ma lettre à l’hirsutisme.
VI.
- J’avoue que c’est fort et qu’une pluri-interprétation s’impose.
- Tout ce que je vous livre là est l’exacte réplique de ce qui s’est passé.
- Il me faudra connaître les personnages, vous pensez bien.
- En effet, mais je ne veux pas tout vous dévoiler. Débrouillez-vous avec cela. Et prière de noter en lettres capitales que je ne suis pas fou. Néanmoins, je fus con d’ingénuité. J’en ai fini pour aujourd’hui. Quel monde de calculateurs ! C’est d’une telle obscénité !
- Vos exigences sont un peu poussées aussi et vous leur tenez la dragée bien haute. Ils ne sont pas à votre taille.
C’était tout ce qu’elle pouvait s’autoriser. Néanmoins, elle n’en pensait pas moins. C’était un patient un peu désaxé, mais ses délires relevaient de l’art.
*Aujourd'hui, je suis éteint, mais au coeur de leur existence.