Sous la voûte des mots des masques de vanille
Couvrent de leur velours des pierres de cristal
Qui brûlent dans la nuit un parfum de santal
Comme un fruit défendu loin du jeu de manille.
 
Le ciel rase les murs en traînant sa guenille
Sur des pavés lavés par le bruit d’un métal
Froissant le voile d’or d’un dieu monumental
Surgi du fond des temps au cœur d’une chenille.
 
La pluie ouvre un manteau d’où s’échappe un éclair
Indécemment battu par des lambeaux de chair
Dont la douleur s’émeut devant tant de tristesse.
 
Pourtant loin de la mer le soleil a fondu
Tout le sucre du soir auquel s’est confondu
Le vinaigre d’un temps qui rappelle l’ivresse.

Francis Etienne Sicard Lundquist

Soierie de marbre@2014


Publié le 07/03/2025 / 6 lectures
Commentaires
Publié le 08/03/2025
Ton poème est incroyable et puissant puis qu’il démarre sur beaucoup de quiétude pour se précipiter dans un vertige d’oppression et d’infinie douleur et d’un prompt désespoir. Cette rapidité d’exécution montre à quel point les choses sont toujours fragiles et peuvent à tout moment se détériorer et disparaître, une raison de plus pour célébrer la vie comme il se doit, carpe diem… merci Francis Etienne.
Publié le 08/03/2025
Cher Léo, merci encore une fois pour ton commentaire qui aboutit magnifiquement à ce Carpe Diem » dans la suave insouciance de nos esprits, depuis toujours, et si parfois nous nous laissons aller à un instant d'ivresse et de jouissance, nous ne quittons jamais notre progression dans le temps, qui coule dans nos doigts, sans jamais nous laisser un répit, une pause, un silence, une absence de pensée, et cette extrême jouissance de notre vie. Là encore la poésie est un instant d'oubli puissant pour illustrer quelques détails de l'illusion de vivre. Parfois nous cheminons dans des rêves, rarement des espoirs, presque jamais dans l'absolu contemplation de la richesse de nos vies. Alors souvent nous nous drapons dans le regard des autres, nous les pensons admiratifs, nous les savons un peu jaloux, nous les voulons ignorants, nous les croyons sans profondeur. Or la poésie est bien ce travail permanent, fastidieux, éreintant, qui creuse précisément la richesse de nos vies, celle qui n'habille pas nos jours de ce papier de riz que la première pluie va ruiner. Ce poème que tu as si bien ressenti est l'expression de cette réalité. Mais qui en saisira, comme toi, aujourd'hui, la trame profonde ? Le monde de la consommation des images toutes fabriquées, le monde de la pensée en forme de « kit », le monde de la jouissance allumette, le monde de l'absolue distraction sera-t-il sensible à cette version complexe de la poésie ? J'ai peu d'espoir et pourtant je sais que j'ai raison de continuer, car cette voie à contre-courant que j'ai prise et celle qu'ont prise bien des poètes, petits ou grands, qu'ils soient Rimbaud ou Verlaine, Ronsard ou Du Bellay, Proust ou Madame de Stael. La poésie est un art qui se travaille comme une toile de Rembrandt, point par point, et qui s'écrit comme une épreuve du Concours Général, avec rigueur. On ne bluffe pas en poésie. Merci Léo pour m'avoir donné l'occasion de cette réfection autour de ton magnifique commentaire et à bientôt ou à tout de suite. Cordialement, Francis Étienne. Le bilboquet d'ivoire où scintille une flamme Est un jeu d'empereur et d'un fou qui rend l'âme.
Publié le 09/03/2025
la beauté des lettres (et plus spécifiquement la poésie) est un antidote à la médiocrité et lorsqu’elle coulent dans les veines du poète, elle confine à l’éternelle soif de poursuivre. Chaque jour fait de mots sincères et profonds, est un jour de sauvé.
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