Dans la cour, il y avait deux frères, le petit et le grand, Vadim et Igor. Vadim commençait à en avoir un peu marre d'être le petit, mais ça allait plus ou moins. Il s'en arrangeait. Deux élèves de leur classe lui dirent "T'es trop con, Vadim, de te laisser faire. Nous, on va t'arranger ça, t'inquiète !" Et en effet, ils prirent les choses en main. D'abord, bien que ne l'ayant jamais fait auparavent, ils jouèrent avec le Vadim, tout en, comme il l'avaient toujours fait, excluant Igor de leurs jeux. Ensuite, les attaques furent plus frontales avec des accroche-pieds, des mots méchants dans son cartable ou de l'encre dans ses tartines. Ils se moquaient aussi très souvent d'Igor à la récré et même en cours. Toute la classe s'esclafait sans réserve. J'ai même cru voir le maître s'amuser aussi. Il faut dire que la plupart préférait rire plutôt que réfléchir ou essayer de comprendre ce qui se tramait. Quand les deux copains ont fait courir le bruit que le grand frère ne se lavait jamais les pieds, tous les élèves s'en sont scandalisés. Ça les arrangeait aussi, tous ces gamins, eux qui n'étaient pas très propres, qu'on désigne un autre comme plus sale qu'eux.

Toujours est-il que l'un des deux copains, Jean-Luc, le plus agressif, le plus astucieux, le plus vicieux changea d'école. Il ne restait plus que l'autre. Il avait prêté toutes ses billes au petit frère pour s'excuser un peu d'avoir fait les choses empirer.

Finalement, sans plus la pression méchante du meneur, maintenant parti semer la pagaille ailleurs, Vadim et Igor finirent par se rabibocher. Évidemment leur relation en avait pris un coup mais bon, ils firent contre mauvaise fortune bon cœur. Pour les billes, jamais leur propriétaire ne les revit. Mais tout ça était du passé et toute la classe se mit à se passionner pour d'autres choses, la petite Margot qui avait oublié de mettre une petite culotte le matin sous sa robe, le renvoi pour deux jours du dernier de classe qui n'avait pas fait son devoir et les vacances de Noël qui se rapprochaient.

Une épidémie de poux survint. Elle dura, dura, dura, tellement chacun préférait mal juger son voisin plutôt que s'occuper de ses cheveux. Curieusement, les seuls à être épargnés furent Igor et Vadim. Je crois qu'aujourd'hui encore l'épidémie fait rage.


Publié le 17/02/2025 / 14 lectures
Commentaires
Publié le 18/02/2025
Joli texte sur l'amour fraternel: cette rose qu'elle soit éternelle ou éphémère, reste pleine d'épines.
Publié le 18/02/2025
C'est très gentil Engome. Je te soupçonne de ne pas te tenir au courant de l'actualité car ce texte, en réalité, est une allégorie sur le thème du conflit en Ukraine. Igor, c'est la Russie, Vadim est l'Ukraine, le copain le plus vicieux est l'oncle Sam et l'autre est l'Union européenne. ;-)
Publié le 18/02/2025
Heureusement qu’Engome est passée en éclaireuse car comme elle je n’avais pas du tout capté la subtilité de ce texte qui est donc une allégorie de la situation ukrainienne. Le harcèlement et la loi du plus fort, cet autre fléau qui mène aussi jusque la mort des enfants qui la subissent. Le parallèle avec la cours d’école est audacieux .
Publié le 18/02/2025
J'avais déjà fait un texte sur le même thème. Il s'agissait d'un roux rejeté par ses camarades de classe. "Une fois qu'il a eu le goût... " Tu t'en rappelles ? Bise !
Publié le 18/02/2025
Maintenant que tu me le dis, je m’en souviens oui, remettre l’ouvrage sur le métier, toujours.
Publié le 19/02/2025
Oui mais ce n'est pas la même histoire. J'allais je parlais de la décision de la Russie d'attaquer l'Ukraine. Ici je parle de l'abandon du conflit par les USA et de l'état des lieux à sa suite, notamment la position extrêmement inconfortable de l'Europe qui a suivi en oubliant son intérêt et aussi le bon sens. ;-)
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