« Ce que je suis en train de vous dire, c’est que si vous prenez la population juive en 1940 et aujourd’hui, et bien, ils ne sont toujours pas revenus au même niveau. Ça, c’est un peuple qui a subi un génocide. Si vous prenez la population palestinienne en 1940 et aujourd’hui, la population a quadruplé. Ce sont des faits. » (Georges-Louis Bouchez, 17 mars 2025 à Louvain-la-Neuve.)
Outre une grosse faute de français sortant de la bouche d’un homme prétendument instruit, Mr Bouchez, chef du "mouvement réformateur" (droite belge francophone) fait ici une association d’idées pour le moins audacieuse par laquelle il faut comprendre "puisque la population palestinienne a crû de 1940 à aujourd’hui, elle n’est pas et n’a pas été victime d’un génocide".
Définition de génocide : Crime contre l’humanité tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux ; sont qualifiés de génocide les atteintes volontaires à la vie, à l’intégrité physique ou psychique, la soumission à des conditions d’existence mettant en péril la vie du groupe, les entraves aux naissances et les transferts forcés d’enfants qui visent à un tel but.
La notion de quantité — le mot fait froid dans le dos — n’est nulle part incluse dans l’explication rigoureuse du mot « génocide ». La notion même d’assassinat n’est non plus pas nécessaire comme on peut le voir dans la seconde partie de la définition ci-dessus. L’explication du chef du MR tournant autour de la croissance ou pas d’un groupe ethnique est donc fausse. Et puisque le leader du MR, diplômé en droit, ne peut ignorer ce qu'est un génocide, son argument, en plus d’être faux, est malhonnête, tronqué, falsifié.
Via l’un de ses représentants, le MR tient ici rien moins qu'un discours négationniste, ce négationnisme qu’on a tant reproché à feu Jean-Marie Lepen. Ne tournons pas autour du pot, contrairement à ce que nos hommes politiques prétendent, l’extrême droite a fait une énorme percée en Belgique. Déguisée en parti fréquentable, le MR, l’extrême droite est aujourd’hui majoritaire en Belgique francophone.
Ce parti libéral qui, à travers ces cris d’orfraie, prétend vouloir toujours plus de démocratie semble, dans les faits, plus porté sur le totalitarisme. En effet, il faut se rappeler que, récemment, c’est Mr Bouchez seul qui a pu décider d’intégrer au sein de son parti, Mathéo Besson et Noa Pozzi, deux individus connus pour leur appartenance à l’extrême droite xénophobe. Lorsque quelques élus du mouvement réformateur s’en sont émus, Mr Bouchez leur a répondu : « Je suis le président. J’ai cette prérogative. Si certains ne sont pas d’accord, ils n’avaient qu’à être à ma place. »
On pourrait se poser la question « Mais comment un individu aussi malhonnête et autoritaire peut-il rester à la tête d’un parti qui se prétend démocrate, respectable, fréquentable ? » La réponse est, il me semble, assez simple : le MR progresse en terme d’électorat. Pour les élus du MR qui nous expliquent ce qu’est la morale, la bonne conduite et le civisme, la fin justifie les moyens. Si pour obtenir plus de pouvoir il faut passer de la couleur bleue à la couleur brune, dans son immense majorité, le MR n’y verra pas sujet à controverse.