A quoi pensent-elles ?

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Elle dort à côté de moi. Nous sommes chez elle. Je ne dors pas. Après notre fou rire de mardi dernier, nous sommes restés encore un bon moment ensemble, moment durant lequel j’ai fait de mon mieux pour ne pas monopoliser la parole. Elle avait beaucoup à raconter elle aussi. Nous nous sommes revu la semaine suivante, aujourd’hui. Sur un texto, elle avait proposé qu’on aille dans un cinéma qu’elle connaissait y « mater » un film d’action « pour ne pas trop réfléchir » avant un « petit resto juste à côté » et puis « on verrait… ».

Devant l’entrée, Tania m’attendait. Elle portait des bottillons, une jupe en cuir et un manteau rouge sous un chapeau à bord large. Elle m’apparut bien moins stricte que lors de notre premier rendez-vous. Ça m’a surpris, peut-être un peu contrarié. On a regardé le film qu’elle avait choisi et, comme prévu, on n’a pas du trop réfléchir. Suivit le repas, assez vite mangé. Pour moi, une bruschetta au pain trop grillé que mes dents abominèrent et un rien-merci pour elle. « Tu ne veux pas un café, Patrice ? On y va alors ? » En marchant aux côtés de Tania, je me suis rappelé moi à seize ans lorsque je raccompagnais mon amoureuse. Alors comme maintenant, je savais plus ou moins où on allait mais ce n’en était pas moins inconfortable car ni maintenant ni alors, je ne savais comment on allait y arriver. Fumer une cigarette, tant pis pour l’haleine ? Il fait froid et humide. Laisser s’installer un silence pesant ou plaisanter ? Ce n'est peut-être pas le meilleur moment pour plaisanter. Qu’attend-elle que je fasse, que je lui prenne la main ? Ça pourrait être une bonne idée ou l’effrayer aussi peut-être. Elle a quand même un joli cul sous sa jupe en cuir. Elle vient de se retourner vers moi avec un sourire avant de regarder à nouveau droit devant. A-t-elle deviné ce que je regardais ? Les filles ont des yeux partout. Ils font un drôle de bruit ses bottillons, surtout le droit. Que veut-elle, qu’attend-elle, qu’espère-t-elle ? « Vas-y, entre, mais ne fais pas trop de bruit. Mon appartement est au premier. » me dit Tania en tournant la clef dans la serrure d'une porte en PVC. Le corridor étroit, encombré et sombre apparut. Il sentait le moisi.


Publié le 17/02/2025 / 6 lectures
Commentaires
Publié le 18/02/2025
J’aime beaucoup parce que ça vacille depuis le début. On sent qu’il manque quelque chose d’emblée et rien de tout ce qui se déroule ne pourra remplacer ce qui apparaît comme le deuil d’une jeunesse, quand bien même certaines choses lui font écho. Tout semble avoir été joué cent fois et le temps est passé par là, jusqu’à cette ultime dernière phrase qui claque comme le marteau d’une sentence qui condamne à l’ennui et à la désillusion à perpétuité. Vraiment bien mené.
Publié le 19/02/2025
Merci beaucoup pour ce commentaire encourageant. L'idée dont tu parles n'est pas exactement celle que je voulais exprimer car je ne sais jamais vraiment ce que je cherche à dire, mais elle correspond exactement à l'état d'esprit du protagoniste et donc, tu me signales j'ai pu dire, par chance, ce que j'aurais du vouloir dire. ;-) Bientôt je pourrai ici publier tout le premier chapitre. ;-) Encore merci ! ;-)
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