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Encore un matin

Publié le 23/04/2022
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 Il est 5h00 : Paris s’éveille, il est 5h00 je n’ai pas sommeil.



Dans un premier temps, je voudrais juste déjeuner en paix.



Mais ma femme, Isabella, débarque en courant à la cuisine, toute affolée :



 



« - Chéri, mon trésor, j’ai perdu mes boules d’oreiller !-



Tes quoi ?



- Mes boules d’oreiller ! Tu es sourd ou quoi ?



- C’est quoi des boules d’oreiller ? Ben je ne sais pas moi, tu as dû les perdre dans le lit ?



- Ah mon cœur tu dois avoir raison ! Je vais boire ! »



 



Je la regarde repartir en courant en direction de la chambre. Elle cache des bouteilles là-bas ? Ma femme est alcoolique ?



- Ça y est, ça y est ! Mon trésor, mi amor ! Je les ai trouvées ! Regarde. »



 



Elle me montre alors dans un grand sourire ses boucles d’oreilles, pendues à ses esgourdes.



"- Ah ! Ce sont tes boucles d’oreille que tu avais perdues ?



- Ben oui, je te l’ai dit ! Tu m’as même dit où elles étaient !



- Oui, bien sûr, bien sûr. »



 



Elle repart en courant se préparer dans la salle de bain. 



Je profite de ce moment de répit pour boire enfin mon précieux café, espérant me réveiller un peu mieux avec lui, car de toute évidence, je dois être encore un peu ensuqué… des « boules d’oreillers », non mais vraiment n’importe quoi ! Ma femme a beau avoir gardé un accent italien je la comprends très bien d’habitude !



Je mange pensivement mes tartines quand elle revient et me regarde soudain avec des yeux noirs :



 



« Tu as pu d’où te gaver ! Espèce d’écologiste !



-Mais je ne me suis pas gavé ! J’ai mangé une tartine !



-Ah ! Et en plus tu as pris un bain ?



-Quoi ???



- Mais tu es sourd aujourd’hui ! me rétorque -t-elle avec colère, ouvre tes escargots !



- Mais enfin je n’ai pas pris de bain, je n’ai même pas encore pris ma douche ! Et manger une tartine, je n’appelle pas ça se gaver quand même ! »



 



Elle attrape alors la cafetière et me la montre :



 



« - Regarde ! Elle est vite !



 



- Ah ! Tu parlais du café ! J’ai tout bu et j’ai oublié d’en refaire pour toi c’est ça ?



 



- Mais enfin c’est ce que je me tue à te dire depuis tout à l’heure !



 



- Excuse-moi ma dulcinée, je n’y ai pas pensé. Par contre ce n’est pas parce que je fais le tri des poubelles que je te permets de me traiter d’écologiste ! »



 



Je la vois alors me regarder, complètement interloquée.



 



« - Je n’ai jamais dit que tu étais rigolo !



 



- Ah ben merci ! Décidément tu es très agréable ce matin ! Je vais au boulot, tiens ! Tu m’as énervé ! »



 



Et je sors en claquant la porte !



 



Dehors il fait encore nuit, pourtant déjà quelques voitures roulent dans le centre parisien. Je m’engage, pour ma part, dans une bouche de métro. Il y a déjà foule au bord des rames. Nous sommes nombreux à embaucher à six heures on dirait.



Le métro arrive rapidement. Je m’engouffre aussi vite que je le peux à l’intérieur de celui-ci avant que la foule ne m’en empêche. Je m’assois sur le premier siège libre que je trouve, à droite, dans le sens inverse de la marche, côté fenêtre.



Deux personnes sont déjà assises en face de moi et discutent. Une troisième vient rapidement prendre place à côté de moi.



Je cale ma tête contre la fenêtre et ferme les yeux, essayant ainsi de me couper du bruit et des gens et de rester dans ma bulle. Mais impossible ! Les deux d’en face parlent trop fort ! Exactement comme s’ils étaient tous seuls ! Ils ne prennent même pas la peine de chuchoter ! J’ai horreur de ça ! C’est un truc qui a le don de m’agacer très vite ! Je leur en fait donc part :



 



« - Vous pourriez parler moins fort ! Vous n’êtes pas tous seuls ici ! On s’en fout de votre conversation ! »



 



Les deux autres, deux hommes, me regardent d’un air ahuri :



 



« - Comment ça changer de bord ? On est juste amis ! Et qu’est-ce que peut bien vous faire de quelle nation on est ?



 



- Quoi ?



 



- Vous n’êtes qu’un homophone et un xylophone en plus !



 



- Homophone ? Xylophone ? Mais enfin de quoi me parlez-vous ? Je ne suis pas musicien ! J’essaie juste d’écouter le silence et vous me dérangez avec votre conversation, c’est tout !



 



- Vous voulez étouffer la science ? Et votre conversion vous démange ? Mais avec tout le respect que je vous dois Monsieur, on s’en fout en fait ! Croyez en qui vous voulez mais pas de prolétarisme s’il-vous-plaît !



 



- De prolétarisme ? Mais qu’est-ce que vous me chantez là ? Je ne suis pas en train de faire de la politique !



 



- Ah ! D’accord ! Ce train est apocalyptique ! Mais allez-y ! Insultez-nous ! Ne vous gênez pas ! Eh bien Monsieur, si ce wagon ne vous convient pas changez-en ! Ou descendez, tiens ! Ca fera de la place !



 



- Mais je ne veux pas aller dans l’espace ! Je vous demande juste de vous taire ! Ou au moins de chuchoter dans le respect des gens qui prennent le métro avec vous !



 



- Pourquoi il nous demande de sursauter lui ??? Et pourquoi il nous parle de métronome ? ça va ! On a compris que vous êtes musicien ! Tant mieux pour vous ! Moi personnellement je m’en tape !



 



- Mais enfin je ne suis pas politicien ! Que je m’en chantez-vous là ! Oh et puis j’en ai marre, je descends à la prochaine station, je finirai le trajet à pied, laissez-moi passer s’il vous plaît !



 



- Ah mais je ne vais pas vous laisser m’embrasser Monsieur ! C’est hors de question !



 



- Mais enfin je ne veux pas vous embrasser ! Je veux juste descendre !



 



- Vous voulez me descendre !!! Alerte ! Alerte ! Aidez-moi ! Il y a un terroriste dans le wagon ! Il est là ! ».



Sans que je n’ai le temps de comprendre quoi que ce soit, je vois alors trois hommes se ruer sur moi, m’immobiliser en me mettant les bras dans le dos et appuyer sur le bouton d’arrêt d’urgence.



Le métro s’immobilise instantanément. Les portes s’ouvrent. On me jette sur le quai comme un malpropre ! Je tombe de tout mon long, ventre à terre. Mon menton, mes mains et mes genoux sont tout écorchés ! Si j’avais cinq ans, je hurlerais de douleur…mais à cinquante, ça paraîtrait bizarre…     



Encore un matin, sans raison si fin…



 



 



 



 



 



 



 

Commentaires
Ambiance particulière !
Publié le 23/04/2022
Rhinocéros ! ;-)
Un bel imbroglio
Publié le 23/04/2022
Non mais quel imbroglio ! C’et bien mené et l’on peut dire sans réserve que le défi est relevé, à la touche Vickie, en plein dans la société et ses zones de tensions et sans manquer d’humour non plus. Et puis j’aime bien aussi ces clins d’œils musicaux pour bien entamer le texte et pour bien le finir. Merci pour ta belle participation.
A Léo
Publié le 23/04/2022
Merci beaucoup Léo :) Je me suis bien amusée en tout cas :) Défi très intéressant :) Merci
Dialogue de l’absurde
Publié le 01/05/2022
J'ai réalisé par le commentaire de Léo qu’il s’agissait du défi ! À la lecture de ton texte, je me suis dit “ rhôoo belle idée, ce langage complètement déstructuré !” ; et comme Patrice, j’ai pensé à Ionesco, et à son Bérenger. Bravo vickie, et merci : une fois de plus, un défi bien dedans :)
à allegoria
Publié le 01/05/2022
Merci beaucoup à toi Ally pour ce gentil commentaire
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